Edition 2026

Bertrand Belin

Ça commence par un pont. Ou une passerelle, pour les plus timides. Du rivage de « La Comédie », dénouement ultra existentiel de Tambour Vision, à celui de « L’Inconnu en personne », cultivant une intériorité synthétique qui ne demande qu’à être partagée. Un « état de nos coexistences » refusant les jugements hâtifs. Le tempo s’accélère, les cordes s’élèvent avec grâce. Et le timbre de Bertrand Belin résonne comme personne.

Ce que reflète le titre de l’album, Watt. Parce que cette unité mesure la puissance des chaînes hi-fi, parce que le « what » (« the fuck » ?!) anglo-saxon, parce que le roman éponyme de Samuel Becket. On y suit son anti-héros s’inscrire dans une longue série de domestications. Et qu’y lit-on, dès les premières lignes ? « Monsieur Hackett prit à gauche et vit, à quelque distance de là, dans le demi-jour déclinant, son banc. Il semblait occupé. Ce banc, propriété sans doute de la ville, ou du public sans distinction, n’était certes pas à lui, mais pour lui il était à lui. »

Il y a dans la dramaturgie de Watt, tant narrative que sonore, une étonnante souplesse. Composant et enregistrant simultanément, Belin a construit aux côtés de Thibaut Frisoni l’un de ses plus beaux édifices – mais pas pour autant le plus massif, la contradiction et la faille étant toujours de la partie. Chaque piste du disque répond cependant à l’autre car il s’agit de « faire qu’une chanson ne ressemble qu’à elle-même, et faire en sorte qu’elle appartient à un tout. » Y compris lorsqu’il n’est pas seul derrière le micro ou que les sonorités ont été jusqu’ici peu utilisées dans son corpus.