Aux prémices du quatrième album de Requin Chagrin, Décollage, il y a une question que chaque artiste redoute, mais devant laquelle Marion Brunetto n’a pas reculé : comment se réinventer sans se trahir ? Donner de la place à des envies musicales plus lumineuses et new wave, avec ses nouveaux synthés et boîtes à rythme, tout en pré-servant son ADN bedroom pop, guitares reverbérées et garage ?
Sans aucune certitude quant au résultat, elle décide de faire confiance à son instinct qui lui hurle de quitter la ville. Partir. Bouger. Décoller.
La première étape se fait sur la route, avec toute sa vie artistique empilée dans le coffre : 5 synthés, 5 guitares, 2 basses, 1 batterie, et l’intégralité de sa collection de pédales, boîtes à rythme, casques et micros. Paris –> Ramatuelle en camion, 853 kilomètres par l’A6 et l’A8 (oui c’est important, Marion a la passion des chiffres incongrus : les numéros d’autoroutes, la hauteur des tours de Paris et sa banlieue, les codes d’immeubles), pour retrouver la sobriété de sa chambre d’ado, qu’elle transforme en studio éphémère.
Là, au milieu des instruments, elle se reconnecte à Requin Chagrin : elle compose, elle crée, elle se décourage, elle jette, elle recommence, elle dort. Elle dessine aussi, une passion qui ne l’a jamais quittée depuis l’époque où, jeune étudiante, elle débarquait à Paris avec le rêve d’apprendre l’art du dessin animé à l’École des Gobelins. Après ce long travail en solitaire, le lâcher-prise arrive enfin : la musique, rien que la musique, pendant des mois.
Pour ce quatrième album de Requin Chagrin, on retrouve Marion Brunetto à tous les postes. Autrice, compositrice et interprète bien sûr, mais aussi derrière chaque instrument, et à la production-réalisation : elle est partout, dans toutes les chansons ! Pas pour des raisons d’égo, elle a réglé ces histoires-là dès ses premières années de batteuse-bonne-camarade au sein de groupes garage et punk.
Marion Brunetto se réjouit de la dimension que ces nouvelles chansons prennent sur scène, où elle pousse le curseur encore plus loin. L’album est lumineux, traversé par la fougue de l’adolescence, plein d’une joie et d’une profondeur que seule la véritable liberté artistique peut générer.
Gravité vaincue,
Décollage réussi.